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La hausse des prix de l’énergie et la pénurie de matières premières engendrent de la panique, mais encouragent aussi la recherche d’alternatives.

D’après un article du Trends, l’actuelle pénurie favorise l’économie circulaire. Les entreprises vont toujours plus loin pour trouver des moyens de durabiliser leurs méthodes de travail.

Elles veulent réduire leur dépendance aux combustibles fossiles, investissent dans l’électrification de leur parc de véhicules et mettent tout en œuvre pour prolonger la durée de vie des matières premières. Grosso modo en revoyant la conception de leurs produits pour qu’ils puissent être réutilisés.

Tom Kuppens, économise de l’environnement à l’UHasselt, y voit un parallèle avec le Covid-19, qui a marqué un tournant dans le télétravail. « Il peut arriver la même chose avec cette quête d’alternatives circulaires », indique-t-il.

Un peu plus tard dans l’année, le Parlement européen va se pencher sur une législation concrète régissant le droit à la réparation. Celle-ci doit mettre un terme aux flux grandissants de déchets électroniques.

Plus de trois quarts des Européens voudraient pouvoir (faire) réparer leurs gadgets électroniques (smartphones, etc.) plutôt qu’en acheter des neufs. Une proposition législative à ce sujet, dans l’air depuis quelques années déjà, doit faciliter la remise en état. Les parlementaires ont massivement voté en sa faveur et celle-ci devrait aboutir à une loi concrète au troisième trimestre de 2022. L’UE entend faire en sorte que le droit à la réparation devienne un pilier important de son plan d’action pour l’économie circulaire, qui s’inscrit à son tour dans le Pacte vert pour l’Europe.

Ce droit va donc prendre en compte l’ensemble du cycle de vie d’un produit, notamment sa conception et l’aspect éthique de son assemblage. La transparence va devenir essentielle. L’UE veut que les fabricants informent les acheteurs de la durée de vie du produit, des coûts de réparation et de la disponibilité de pièces de rechange et de services de réparation au moyen d’un étiquetage et d’un score de réparation.

Plutôt des vis que de la colle

Le Parlement envisage par ailleurs un allongement de la période de garantie légale. Et vérifie s’il peut obliger les fabricants à mettre à disposition un appareil de remplacement le temps de la réparation. Tout ceci dans le but d’inciter le consommateur à privilégier la remise en état plutôt que l’achat d’un nouvel appareil. L’UE veut que les pratiques destinées à compliquer la réparation soient désormais qualifiées de « malhonnêtes », ce qui les rendrait illégales. Citons notamment l’abus de la colle au détriment des vis ou les puces préprogrammées qui déconnectent une fonction au bout d’un certain temps.

A l’horizon de 2030, les émissions de CO2 doivent baisser de 55% en Belgique, en d’autres termes diminuer de 208 millions de tonnes. Le gouvernement fédéral vient d’y ajouter un effort supplémentaire de 25 millions de tonnes.

Lors d’un conseil des ministres fédéral placé sous le signe du climat, le gouvernement De Croo a élaboré une feuille de route qui concrétise ces grandes ambitions. Des mesures supplémentaires seront mises en œuvre dans de nombreux domaines : finances, économie, transport, énergie et coopération au développement. C’est ainsi équipée que la Belgique s’est rendue à la Conférence sur le climat (COP26) à Glasgow.

Les parcs éoliens au large de la côte belge doivent fournir 4 gigawatts d’électricité verte à l’horizon de 2030. Pour y arriver, il faudra sans doute les étendre. Par ailleurs, la ministre fédérale de l’énergie, Tine Van der Straeten (Groen), plaide pour relier davantage les réseaux électriques belges et étrangers et veut investir plus de moyens dans l’hydrogène et d’autres carburants verts.

Train et vélo

La fiscalité doit également contribuer au verdissement de l’économie. Les subventions accordées aux carburants fossiles doivent s’éteindre progressivement et un fonds écologique doit aider les entreprises à rendre leurs activités plus « vertes ». Les ménages et PME peuvent faire appel à une prime climat, financée par les recettes de la prochaine taxe européenne sur le CO2 émis par le transport et les bâtiments.

La question de la mobilité évolue également à grande vitesse. Le ministre compétent, Georges Gilkinet (Ecolo), va renforcer le trafic ferroviaire et son caractère écologique, mais aussi promouvoir le vélo. Il veillera également à ce que le transport aérien et maritime soit « zéro émission » à l’horizon 2050. Par ailleurs, un plan fédéral centré sur l’économie circulaire a pour ambition de rendre les bâtiments et flottes automobiles plus écologiques.

Si cela ne tenait qu’à la Fédération des Entreprises de Belgique (FEB), notre plat pays serait à la pointe de l’économie circulaire avant la fin de l’année 2030.

Ces ambitions ne font pas peur à l’organisation patronale. Pieter Timmermans, son administrateur délégué, se confie au Trends : « La circularité est la clé de voûte d’une économie saine et résistante. » C’est pourquoi la FEB a rédigé une note de vision comprenant cinq objectifs.

La Belgique doit garantir une disponibilité maximale des matériaux avant la fin de l’année 2030. Notre pays doit également devenir le fer de lance de la conception et de la production circulaires, des modèles d’utilité circulaires, du recyclage de qualité supérieure de matériaux et de l’emploi de facteurs favorisant l’économie circulaire. P. Timmermans ajoute : « Nous voulons également jouer le rôle de locomotive circulaire à l’échelle européenne. »

L’économie circulaire est une grande pourvoyeuse d’emplois dans notre pays. En Flandre, elle devrait créer 30 000 postes de travail supplémentaires à l’horizon 2030. Mais la Wallonie place également beaucoup d’espoir dans l’emploi circulaire.

En Flandre, l’emploi créé dans l’économie circulaire croît plus rapidement que le marché global du travail. En 2010 et 2016, l’économie circulaire a généré 6,4 % de jobs supplémentaires alors que la croissance dans l’ensemble du secteur économique s’est limitée à 2,7 %, a calculé le Steunpunt Circulaire Economie. Et cet écart est sans doute sous-estimé, observe le chercheur Kris Bachus (KU Leuven). L’étude n’a pris en compte en effet que les activités purement circulaires.

D’ici à 2030, le Steunpunt prévoit que l’économie circulaire créera quelque 30 000 jobs.
Le plus gros potentiel de création d’emplois se situe dans les secteurs circulaires de la réparation de machines.

Il est frappant de constater que 85 % des emplois actuels dans le secteur circulaire en Flandre sont exercés par des hommes. Une grande partie d’entre eux ont tout au plus un diplôme de l’enseignement secondaire. Les chercheurs l’expliquent par le caractère manuel du traitement des déchets.

Selon la Fondation Roi Baudouin, la Flandre compte — directement et indirectement — environ 148 000 emplois dans l’économie circulaire, soit 7,5 % de l’emploi total. à Bruxelles, on en dénombre quelque 58 000 et en Wallonie plus ou moins 56 000.

La Wallonie accuse donc un retard par rapport aux autres régions, mais le sud du pays entend bien le rattraper. Les emplois dans l’économie circulaire sont en effet, pour une grande partie, moins susceptibles d’être délocalisés. Ils sont donc beaucoup plus stables et offrent des possibilités pour les travailleurs des secteurs en déclin.

Faire fonctionner une entreprise selon un véritable modèle circulaire est bien plus complexe que de la gérer de manière traditionnelle.

« Il faut en effet comprendre tous les rouages de la chaîne de vos fournisseurs et celle de vos acheteurs », comme l’ont souligné Giulia Caterina Verga, research teaching assistent à l’Université Libre de Bruxelles (ULB), et Jean Mansuy, research associate de la Vrije Universiteit van Brussel (VUB) lors d’un webinaire sur l’économie circulaire à la Fédération des entreprises de Belgique (FEB).

Jean Mansuy explique : « Une entreprise circulaire doit connaître la provenance complète de ses matières premières. Elle doit également savoir ce que ses clients vont faire ensuite des produits finis. Sinon, impossible de boucler la boucle. »

«Une solution est de prendre à sa charge une plus grande partie de la chaîne de production ou de choisir des fournisseurs engagés en ce sens », souligne encore Jean Mansuy.

«Une entreprise circulaire ajoute également une dimension supplémentaire à sa mission », font remarquer Giulia Caterina Verga et Jean Mansuy. « Il ne s’agit pas seulement d’apporter une valeur ajoutée pour laquelle vos clients sont prêts à payer. Il faut concevoir et fabriquer les produits en utilisant les matières premières de manière efficiente. Par exemple, en faisant en sorte d’allonger la vie de vos produits, de permettre de les réparer ou de leur donner une seconde vie pour d’autres usages. »

Giulia Caterina Verga ajoute : « Nous devons à cet égard éviter un piège classique : consommer plus parce que les produits sont meilleurs. »

Vous ne savez pas quoi faire de vos vieilles chaises ? Peut-être trouverez-vous l’inspiration sur la page Facebook de Jamy Ivens de Lokeren. Ce fan de vélo a eu l’idée de les peindre aux couleurs d’anciennes équipes cyclistes.

Une chaise marron-noire-blanche de Molteni ? Ou un exemplaire blanc-bordeaux de Faema ? Ou bien un modèle jaune-bleu IJsboerke ? Ces chaises rétro raviront à coup sûr les amoureux de la petite reine.

L’idée lui est venue après avoir déniché de vieilles chaises de café et il a réussi à combiner sa passion pour le vélo avec sa formation de peintre-décorateur

Vous êtes tenté ? Pensez alors à faire appel à l’expertise de la société Nnof, qui redonne une nouvelle vie au mobilier de bureau.

Les gouvernements flamand et wallon mettent toutes voiles dehors dans la transition vers l’économie circulaire. C’est d’ailleurs la seule solution : si nous voulons sauver la planète, nous devons veiller à ce que les matières premières restent le plus possible dans le circuit économique au lieu de les soutirer chaque fois à la terre.

En Flandre, la transition vers une économie plus circulaire fait partie des sept priorités de « Vision 2050 », le document stratégique qui définit des objectifs transversaux à long terme.

La Société publique flamande pour les déchets (OVAM) a créé la cellule « Vlaanderen Circulair » pour accompagner la transition en soutenant la constitution de partenariats et la propriété partagée. La cellule rassemble aussi les connaissances et confie des missions de recherche ciblée présentant un intérêt pour la politique. Enfin, elle stimule l’innovation et l’entreprenariat dans le domaine de l’économie circulaire.

La Wallonie ne reste pas non plus les bras croisés. Des parlementaires de divers partis ont rédigé, avec la Fondation Roi Baudouin, un rapport soulignant l’importance de l’économie circulaire. D’ici 2030, la transition doit permettre de réduire de 30 % les besoins en matières premières primaires et de moitié les émissions de CO2. En outre, elle peut créer à court terme 36 000 nouveaux emplois, rien qu’en Belgique.

Pour accélérer la transition, les auteurs plaident pour l’institution d’un ministère de l’économie circulaire, la stimulation de l’achat de biens circulaires par les autorités publiques et le rassemblement des divers acteurs concernés par l’entreprenariat circulaire.

 

Le monde n’est pas complètement perdu, que du contraire. Lauren Phipps de GreenBiz Group, analyste en économie circulaire, décrit dans un article posté sur le site internet de l’organisation quelques tendances constatées en 2018 nous permettant de garder espoir.

Phipps a constaté trois grandes tendances principales. La première a trait à la pollution mondiale en matière de plastique. En 2018, cette problématique a non seulement été portée à l’agenda de grandes entreprises, mais celles-ci se sont également engagées à entreprendre des actions concrètes. Tout a débuté avec une prise de conscience au niveau mondial que le problème du plastique à usage unique était bien réel et a débouché, en novembre, à une vision commune partagée par plus de 275 fabricants, revendeurs, entreprises de recyclage, pouvoirs publics et ONG, dans le but de s’attaquer à la pollution engendrée par le plastique.

Une deuxième tendance, également applaudie par Phipps, est la réaffectation des vêtements. Une disposition qui s’est imposée de manière extrêmement rapide. Les marques de vêtements se démarquent déjà en donnant une deuxième vie à leurs vêtements usagés, en les proposant à la vente sur certaines plateformes en ligne. Au niveau mondial, le marché de la vente des vêtements de seconde main est estimé à 20 milliards de dollars, un montant qui pourrait augmenter annuellement de 15% durant les cinq prochaines années.

Phipps constate une troisième évolution positive au niveau des actions dans le but de prolonger la vie des produits, malgré le fait que les entreprises ont tout intérêt à vendre toujours plus de nouvelles marchandises. Un exemple en est la vente de pièces détachées organisée par Motorola, dans le but de permettre la réparation des articles électroniques. Vous pouvez consulter l’analyse complète de Lauren Phipps en cliquant sur le lien ci-dessous :

https://www.greenbiz.com/article/these-3-big-circular-economy-stories-2018-offer-hope-2019.

À tous ceux qui se sentent une âme d’acteur de l’économie circulaire, il est temps de penser à déposer son dossier.

Initiative organisée par la « European Platform of Circular Economy », les ECOCIR Awards visent à récompenser l’engagement de tous ceux qui s’investissent en matière d’économie circulaire. Entièrement gratuit, le concours est ouvert par secteurs : école, commune, entreprise… Il suffit de remplir le formulaire d’intention de participation disponible sur le site et de déposer le dossier de présentation au plus tard le 1er février 2019 via info@ecocir.be.